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Sur les traces du tapis du Guergour

samedi 3 juin 2017, écrit par : Rachid Sebbah

Dans toutes les régions d’Algérie, le tissage de tapis en laine existait depuis très longtemps et son évolution s’est faite progressivement en donnant une multitude de types de tapis tels que ceux des Nemenchas, du M’zab, de Biskra, de Tlemcen, de Zemourah, du Guergour, etc. Ici, il sera question de relater brièvement l’histoire du Tapis du Guergour, en se basant sur une contribution à son étude, de L. Godon et A. Walter, publiée dans : Cahiers des Arts et Techniques d’Afrique du Nord, 1951-1952. Le numéro de ces cahiers, dans lequel figure cette contribution, est disponible à la chambre d’artisanat et des métiers de Sétif (CAM).

Le Tapis du Guergour qui nous intéresse ici est celui attribué à son créateur nommé Méziane Bouazza (appelé aussi Bouazzaoui), par différenciation avec les anciens types de tapis tissés dans la localité du Guergour et ses environs, de moindre qualité et de décors moins riche.

Selon, Kouadi Amokrane, auteur de l’histoire du Reggam Méziane Bouazza, un soldat originaire de Sétif, nommé Mohamed Benlekhloufi, en revenant d’Orient, ramène de Turquie un tapis que deux reggams associés du Guergour, Si Salah Benlaabed et Mohamed Said El Yahaoui, ont examiné avec beaucoup d’attention. L’ayant trouvé de qualité supérieure à ceux fabriqués localement, les deux reggams l’ont alors copié et mettent Méziane Bouazza au courant de leurs nouvelles techniques. Ce dernier est alors devenu l’associé de Si Salah Benlaabed et crée un nouveau genre appelé tapis du Guergour.

Le tapis du Guergour qui faisait le bonheur et la joie des familles riches de la région n’est plus fabriqué depuis la mort de Méziane Bouazza en 1915. Des tentatives de reproduction de ce genre de tapis ont été initiées sans y parvenir. Les causes apparentes sont :
Méziane Bouazza n’a pas transmis ses techniques de tissage et de teinture naturelle à ses enfants et aux autres,
Le tapis du Guergour était surtout demandé par les familles riches eut égard à leur pouvoir d’achat et à leur penchant pour les produits plus raffinés et plus beaux.
La fabrication industrielle de tapis à moindre coût qui attirent de plus en plus de clients,
L’absence de centres ou foyers d’apprentissage de ce genre de tissage. Ceci est vérifiable, puisque la formation professionnelle n’a vu le jour en Algérie qu’à partir de 1947 avec mission de former essentiellement la main d’œuvre utile à la reconstruction du pays colonisateur (la France), après la seconde guerre mondiale. Les premiers établissements étaient peu nombreux et formaient surtout dans les métiers du bâtiment et travaux publics. C’était le cas des CFPA de Sétif (Bel Air), de Béjaia et de Sidi Aich, pour ne citer que ceux-là.

Un des tapis fabriqué par Méziane Bouazza mesure 6,15 m de long et 2,10 de large. C’est un tapis de forme allongée en rapport avec les salons des anciennes maisons des familles utilisatrices de la région du Guergour.

L. Godon et A. Walter, auteurs de la contribution citée plus-haut ont noté ceci :

« Chaînes, trames et moquettes sont en laine soyeuse à fibres longues. Le travail est régulier et convenablement tassé ; on compte au décimètre 18 moquettes dans le sens de la longueur, et 18 dans le sens de la largeur, donc 324 points au dm2 ; mais il nous est arrivé d’en compter près de 500 au dm2 dans d’autres tapis. Les lisières formées de deux groupes de quatre fils de chaîne sont renforcées par des duites en poils de chameau. Les franges des chefs ont disparu. Les moquettes sont nouées sur deux fils de chaîne à la manière du point dit de Jordès, et sont coupées à 15 millimètres environ au-dessus du nœud. L’œuvre n’est pas datée, mais on croit qu’elle remonte à 1890 environ.

La composition est harmonieuse et la symétrie, suivant les deux axes, d’une rigueur étonnante. Une large bordure encadre le champ. Elle se compose de deux bandes de 13 centimètres de largeur enserrant une bande de largeur double. Le décor de ces deux bandes est constitué par une tige dont le tracé sinueux ménage à droite et à gauche des trapèzes occupés par une fleur épanouie et un bouton stylisé. Le motif est identique par le dessin dans les deux bandes, mais les couleurs, à l’exception de celles de la fleur et du bouton sont inversées. La bande intermédiaire est formée d’éléments très schématisés qui se répètent alternativement à droite et à gauche, et qui évoque une chenille posée sur un rameau fleuri. Le fond est un bleu soutenu, mais l’orangé des chenilles domine et heurte le coloris discret des deux
autres bandes. Un listel étroit, formé par un chevron blanc sur fond rouge, entoure l’ensemble.

Le champ intérieur qui suit l’allongement de la pièce a été divisé pour éviter la monotonie. Il se compose d’un médaillon central hexagonal coiffé de deux écoinçons prolongés par deux rectangles. Le médaillon est garni à ses deux extrémités de crochets tournés vers l’intérieur, et le centre est occupé par un important massif floral où on distingue la marguerite, une fleur à long pistil qui pourrait être le lis, et une étrange fleur noire pointillée de blanc. Le massif est prolongé à ses deux extrémités par un bouquet très stylisé où apparaît encore la fleur noire. L’espace resté libre est semé de svastikas noires mouchetées de blanc, et de petites théières à long versoir.

Le fond est d’un rouge très dense. Les écoinçons, largement étendus pour les besoins de la composition, sont entièrement recouverts par la répétition d’un même motif rouge à bord, tantôt orangé, tantôt blanc, finement découpé en dents de scie. Le fond, peu apparent, est bleu foncé. Cette surface uniformément couverte, qui évoque un tapis de feuilles mortes, est d’une tonalité générale très agréable. Le champ se termine par deux surfaces rectangulaires à fond rouge semées de motifs isolés mais disposés de manière régulière. On y distingue le bouquet déjà employé dans le médaillon, la svastika, un motif purement géométrique, une fleur octogonale sertie d’antennes noires, et un motif à dominante jaune que nous ne pouvons identifier.

La tonalité générale du champ intérieur est un rouge violacé, très riche, tandis que l’orangé domine dans l’encadrement. Dans le détail les couleurs sont très variées, et ont toute été obtenues avec des colorants naturels. Bouazza n’a confié ses recettes à personne, pas même à son fils aîné ; il apportait lui-même ses produits et teignait ses laines en refusant toute aide et toute présence indiscrète ».

Enfin, pour plus de détails et de précisions sur le tapis du Guergour, la lecture du texte intégral de la contribution de L. Godon et A. Walter est recommandée. Une copie de cette contribution et un article récent intitulé : « la réhabilitation du tapis du Guergour est-elle possible ? » sont publiés sur le site web www.lemroudj.blog4ever.com, dans la rubrique culture. Il est aussi utile de consulter la thèse de Hamida Major (rédigée en arabe), intitulée : Le tapis du Guergour de la ville de Bougaa durant le 19e et le 20e siècle, préparée et soutenue pour l’obtention du diplôme de magistère, dont une copie existe au niveau de la chambre de l’artisanat et des métiers de Sétif. Par ailleurs, une multitude d’articles publiés dans différents supports médiatiques traitent du Tapis du Guergour sommairement.

23 commentaire(s) publié(s)
Aïssa :
Bravo et merci à Rachid Sebbah :c’est très bien d’avoir fait revivre notre patrimoine culturel.La description du tapis est impressionnante par les détails et la précision, (juste les photos, en dehors de la 1ére, qui ne sont pas visibles ?). Félicitations à Hamida Major pour sa thèse sur ce thème. Oui la Culture, et tout ce qui est positif dans nos racines, doit être mis en valeur, ce qui facilite le chemin vers une vraie Démocratie, loin des haines du passé, toujours rappelé =ce qui ne nous fait pas progresser pour notre avenir. Le passé positif éclaire notre présent, et nous ouvre un chemin vers un futur positif, tolérant. Et loin de la prison de l’obscurantisme des pseudo-croyants, haineux, rétrogrades, frustrés, qui feraient mieux de balayer devant leur porte ! (...)
Commentaire n°273939 :
Les arts ... l’Art, de la carpette, de la jonchée ou de la litière, nous rapproche un peu de la vie, de la Grace et du Bien. Celui de la descente, du linceul, du sindon ou de la suaire ne nous en éloigne pas, de l’écroulement, de la décomposition, de l’écroulement et de l’anéantissement. Merci Cher Monsieur.
Commentaire n°273940 :
Vous voulez dire chlouha de guergour sûrement......
khali :
Aissa le vivilisé Et loin de la prison de l’obscurantisme des pseudo-croyants, haineux, rétrogrades, frustrés, qui feraient mieux de balayer devant leur porte ! (...) qui a une dent contre l’islam, contre les musulmans qui éprouve une adversité sans faille à l’endroit de l’islam de leur, car il se revendique de l’islam, alors qu’il est , en vérité, l’ennemi, il manifeste une animosité de telle manière que l’ignorant le considère comme science, et moyen de réforme salm
@Woman :
Commentaire 273939 Qu’est ce que c’est que ce message morbide rempli de pessimisme ? Vous avez à ce point peur de la mort ? ...Vous écoutez un peu trop les prêches sur la mort et pas assez ceux sur la vie... vous savez nous avons tous TOUTE une vie à vivre, d’ailleurs le sujet c’est le patrimoine à travers le tapis c’est à dire la continuité de la vie avec les générations qui passent et le patrimoine reste la preuve de leur passage et de leur existence ...La mort existe certes mais la vie est éternelle, une longue chaîne perpétuellement renouvelée et chaque être humain partout en est un maillon comme la nature qui elle aussi se renouvelle avec ses plantes et ses animaux ! vu ? Et à ce propos j’ai un magnifique tapis de ce genre fait par ma grand-mère quand elle a marié ma mère, les couleurs sont un peu passées mais il tient bon ..donc..un souvenir de ma grand-mère et de ma mère et ainsi elle ne sont pas mortes (...)
Commentaire n°273961 :
@Woman, ... Mal compris, Bon ! Et, si je vous dis que j’épouse complètement ta thèse. La vie je la croque à pleines dents. La mort, je n’en n’ai pas peur, Mais, Je ne l’aime pas et non plus ceux qui en font leur plat Quoique je les comprends Ils ne sont pas à plaindre, étant le produit de... L’école,, les voisins , ...sont passés par là et repassent toujours. Un moment, un long moment des ténèbres. Qui dure
Aïssa :
Bravo et félicitations à : @Woman , pour ses commentaires pleins de vie, et d’espoir ! Salam.
Halim :
Merci pour cet article, je viens d’apprendre des choses
Commentaire n°273973 :
aissa je te l’ai dit tu va crever par une crise cardiaque ha ha ha ha .....
Commentaire n°273977 :
@woman, N’est aveugle que celui qui ne veut pas voir !
Commentaire n°273979 :
Honni qui bien mal y panse
Woman :
Hola Hola ! S’il vous plait les uns et les autres j’ai juste voulu remonter un peu le moral à quelqu’un qui semblait déprimé.. à écouter les ennemis de la vie à longueur de prêches, pire encore à longueur deconseils mal venus, on introduit dans notre société un culte de la mort qui fait froid dans le dos !(en réalité l’idéologie obscurantiste qui fait son boulot de propagande ) Oui tout meurt de ce qui est né, les étoiles vivent des milliards d’années et meurent ! Sauf que leur implosion donne naissance à d’autres étoiles et ainsi de suite depuis que le monde est monde ! La vie AUSSI EXISTE, il faut la vivre car c’est don précieux...elle est difficile parfois et en ce moment, c’est pire que bien des époques ! elle apporte des deuils, des peines, des déceptions qu’il faut pouvoir affronter mais aussi des joies, des plaisirs, des bonheurs si petits soient-ils ! il faudrait donc, à suivre certains que tout le monde reconnaîtra, toute sa vie ne penser qu’à la mort ? Merci bien je préfère, quant à moi penser à (...)
Aïssa :
Mille et un mercis à @Woman,pour ses commentaires pertinents, admirables, ouverts à la vie,et pleins d’espérance.Salam.
Aïssa :
Merci à @Halim, je partage tout à fait son commentaire. Salam.
Commentaire n°274024 :
Honni qui mal y pense
Commentaire n°274032 :
Honni soit qui mal y pense Honte à celui qui y voit du mal Origine ’Honnir’ est un vieux verbe qui, comme nous le dit le Robert, signifie : Dénoncer, vouer à la détestation et au mépris publics de façon à couvrir de honte.
Commentaire n°274033 :
Apparemment s’il y a une conscience aussi « déprimé » et, qui a tant besoin de se faire remonter l’esprit, et bien cette personne, elle semble se savoir, sans se reconnaître ! Ecouter les prêches : faut être tout d’abord un assidu des espaces y dédiés, alors ! Culte du tombeau et du « grand voyage » : qui est un fervent écouteur ? L’humain aussi est une étoile ; depuis Jebel Irhoud au Maroc y a maintenant 300 milles ans, et, il a survécu à plus que ça ! La vie, on n’y peut rien, si on l’a vit pas, on y meurt ! Oh toi qui ne pense pas au trépas, tu penses à quoi ? Aux uns et autres semble-t-il.
Commentaire n°274041 :
...à suivre certains que tout le monde reconnaîtra, Moi, je n’ai pu reconnaître que la bêtise, la ...tienne !
Commentaire n°274042 :
...elle apporte des deuils, des peines, des déceptions Un être joyeux qui en parle !?
Commentaire n°274056 :
Woman.... un feu de paille et, comme la paille il ne fait pas long feu
Commentaire n°274078 :
J’avais écrit : Honi mal qui... ¨PANSE et non Pense. Alors. Le reste n’est que bavardage
Aïssa :
BRAVO @Woman, continuez SVP vos analyses intelligentes, et vos commentaires pertinents = merci. Salam.
Woman :
@ Aïssa Merci pour votre appel ne vous en faites pas, je n’ai pas, comme vous le savez la langue dans ma poche et je n’hésite pas à appeler un chat un chat au besoin quand le sujet m’intéresse mais il ne faut pas non plus lasser les internautes ... Aïdek moubarek, bonnes vacances et à de ces jours

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