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Dr Mélica Ouennoughi, anthropologue et historienne spécialisée sur les migrations maghrébines et sahariennes en Océanie
samedi 8 novembre 2008, écrit par : A. Nedjar, Sétif Info, mis en ligne par : Boutebna N.

élica Ouennoughi est docteur en anthropologie historique. Membre chercheur, rattachée au Laboratoire d’Histoire contemporaine de l’Université de Nouméa. Spécialisée sur les migrations maghrébines et sahariennes en Océanie, elle a consacré de nombreuses publications à la question des Calédoniens maghrébins en Nouvelle-Calédonie et leur rôle dans la de mixité sociale avec les autres communautés (Françaises, européennes, mélanésiennes, indonesiennes, japonaises).

Sétif Info vous invite pour ce mois Dr Mélica Ouennoughi suite à la parution de son livre : Algériens et Maghrébins en Nouvelle Calédonie -De 1864 à nos jours. Ce livre a été exposé récemment au salon du livre qui a eu lieu ces derniers jours à Alger. Notre site publiera à la fin du mois un entretien avec Dr Ouennoughi autour de la question des déportés Algériens en Nouvelle-Calédonie. Vous pouvez vous même, envoyer vos questions en répondant à cet article.

L’histoire de la déportation des algériens vers la Nouvelle-Calédonie et les territoires d’outre mer

"Lorsque elle est arrivée sur le territoire calédonien, Melica Ouennoughi ; pour retrouver les descendants d’algériens, demanda son itinéraire aux Kanaks. La première réponse qui lui fût donnée, était : lorsque tu verras un dattier, c’est qu’il y a un « Vieil arabe »* qui soit passé par là".

La formidable transposition de la culture du palmier dattier en Nouvelle Calédonie et son acclimatation en foret tropicale (voir photo) où il se dresse majestueusement, traduit a elle seule la symbolique de ce puissant courant de résistance pour signifier toute la grandeur et la générosité de ces anciens déportés dont le cauchemar de la déportation fut transformé en rêve éveillé par la seule force de leurs caractères afin de subsister et de nous transmettre en héritage une leçon, de courage et de dignité.

Pour les descendants de déportés algériens en Nouvelle Calédonie, longtemps réduits au silence et confinés dans le mutisme , la seule évocation du drame de la vie des anciens était synonyme de sévices moraux bouleversants et insupportables , qu’ils portaient secrètement en eux en permanence. Si les stigmates et les blessures ne peuvent s’effacer aisément, les quelques essais littéraires et historiques ainsi que les récentes productions télévisuelles sont venus combattre ces thèses et apaiser quelque peut les esprits permettant ne jamais plus percevoir ce déporté comme étant ce simple bagnard issu des condamnations de droit commun. Cet aïeul ou ce "bandit d’honneur" s’était insurgé après avoir été exploité, avili .Il a été déporté pour avoir lutté et revendiqué son droit à vivre dignement dans son pays .C’ était en fait un grand résistant

L’autre drame récurrent que vécurent ces anciens était que, longtemps après leur déportation et leur amnistie, contrairement aux condamnés "communards "qui exécutaient les mêmes peines d’éloignement et de déportations, ils ne pouvaient regagner leur pays. Ils étaient contraints à demeure. De la situation de colonisés déportés, ils furent ainsi réduits à de simples instruments de la colonisation, leur faisant occuper et exploiter les terres Kanaks que la puissance coloniale leur "attribuait "pour continuer à subsister.

Au delà de la survivance et des ces drames qui se nouaient à chaque instant,en dépit des affres de la déportation, un remarquable maintien socioculturel a permis l’éclosion ,la naissance puis le développement d’une micro société algérienne aux antipodes, au delà de l’Australie ,le sous continent le plus proche, dans la mer du corail ;que les enfants de la génération actuelle continuent de perpétuer fièrement ,se reconnaissant à présent comme étant les dignes héritiers de ces valeureux "bagnards". Là où les préceptes de la Djamaa, de la Anaïa ou le droit sacré au refuge et à la protection, de la Sadaka, du rituel de la Zerda, de la Ziara où des songes de la Baraka ainsi que les chevauchées fantastiques à travers les grandes fantasias continuent toujours à faire légion.

C’était sans doute là, l’une des pages des plus douloureuses et des plus méconnue de l’histoire de l’Algérie qui s’était inscrite labà en Nouvelle Calédonie. C’est cette évocation que nous invite à découvrir l’infatigable Docteur Melica Ouennoughi à travers la lecture de son livre mais aussi à travers l’entretien qu’elle nous a gracieusement accordé.

En marge de sa présence à la Foire internationale du livre, tenue à Alger pour la sortie de son ouvrage en Algérie, Le Docteur Melica Ouennoughi, ethnobotaniste anthropologue – historienne, nous a livré quelques une de ses réflexions et impressions en attendant sa venue prochaine à Sétif pour nous gratifier d’une grande conférence sur le sujet. Mais avant ce rendez vous, faisant connaissance avec elle et avec ses travaux de thèse de doctorat .Ces travaux lui ont valus dix ans d’efforts pour nous livrer pour la première fois ce remarquable et impressionnant ouvrage à la rigueur scientifique et historique, qui lève un peu le voile sur une partie méconnue de l’histoire de l’Algérie vécue sous la longue nuit de l’empire colonial.

Mais avant de conclure sur ce chapitre et si vous fouliez à nouveau les sols des vallée de Néméara ,de Nessadiou , de Pouembout ,celle de Boghen ou de Poya et que vous croisiez à nouveau cet "vieil arabe" tapis à l’ombre de ce palmier dattier,gardien de la tradition,dites lui Docteur Melica Ouennoughi ,que nos cœurs battent au rythme du sien.

*Chez les Kanaks et chez tous les habitant de la NC "Arabe" n’a aucune connotation péjorative,il désigne par là les tous les déportés algériens et leurs enfants , issus de toutes les régions d’Algérie dont les plus célèbres furent les insurgés résistants de Hadj El Mokrani en Kabylie ,d’El Amri dans la région de Biskra et des Ouled Sidi Cheikh à l’Ouest.

Présentation du livre

Algériens et Maghrébins en Nouvelle Calédonie -De 1864 à nos jours

NOTE DE L’ÉDITEUR : L’ouvrage se présente comme une recherche interdisciplinaire et transversale. L’auteur analyse la situation des descendants de Maghrébins en Nouvelle-Calédonie dont les ancêtres ont été déportés à la suite des insurrections algériennes et le ralliement d’autres clans tunisiens et marocains. Durant les années 1860, la France met en place un essai de colonisation pénale qui deviendra le centre pénitentiaire de Bourail.

Cette enquête réalisée sur le terrain et l’ensemble de la mémoire orale exposés sont confrontés avec de nombreuses sources écrites. Notamment des listes généalogiques des déportés, des listes des mariages mixtes qui ont donné quelques milliers d’hommes et de femmes calédoniens formant la descendance aujourd’hui, des listes d’attribution des lots de terre visant à utiliser les déportés en tant que concessionnaires pour la mise en valeur agricole de l’île et aussi avec des sources relatives aux insurrections algériennes elles-mêmes.

L’auteur suit également l’histoire du lien entre le Maghreb ancien et la Nouvelle-Calédonie grâce au fil conducteur de la culture du palmier dattier. La reconstruction identitaire d’une communauté maghrébine dans les pays d’Outre-mer ne pouvait être compréhensible, qu’après avoir reconstitué les étapes anthropologiques de leur histoire sociale, religieuse, économique et botanique. La formation de palmeraies pour souder la communauté ainsi que les effets au niveau de techniques et de l’outillage nous révèlent l’existence d’un héritage almoravide berbère qui prend son origine en Espagne médiévale (XIe siècle), dont l’auteur analyse les modes de diffusion permettant de suivre les mouvements migratoires des groupes humains. La rencontre entre savoir-faire traditionnel et savoir-faire moderne, l’étude des différents types de dattes, ouvrent des perspectives très intéressantes, aussi bien pour les agronomes et historiens professionnels que pour les recherches généalogiques des familles.

Voici la première thèse universitaire qui apporte des éclairages sur la complexité historique en remontant aux origines du processus de la colonisation française en Algérie puis en Nouvelle-Calédonie.

Dossier réalisé par A. Nedjar pour notre site (Merci !)

9 commentaire(s) publié(s)
talapounch :

Bonjour, Docteur Ouanoughi,
Merci de bien vouloit répondre à mes questions empressées et certainement gauches :
1- D’où vous vient votre nom Ouanoughi, alors que vous êtes une descendante des Mokrani ?
2- Que pensez-vous du roman de Anouar Benmalek : "L’enfant du peuple ancien" ?

Réponse :

les ouennoughi, ouennouri, ouenoughi, toutes ces orthograhes existent sont des ouled tkhil, rien à voir avec les ouanoughi de Msila
el eulmi :

docteur, quel lien y a-t-il entre votre nom et la localité de ouennougha dans la wilaya de msila , je crois. 2) certains kabyles prétendent que la révolte de cheikh Mokrani n’a touché que la région berbérophone de kabylie.pourquoi alors il y a parmi les déportés des algériens de la région d’El Eulma ?Mes questions paraissent impertinentes mais que voulez c’est la curiosité de savoir et démentir ,s’il y a lieu ,certaines contrevérités colportées par des gens malintentionnés.

Commentaire n°19002 :

comment concevez-vous une possibilité de communion avec les enfant des deportés pour les "deculpabiliser",leur renforcer leur fièreté d’appartenir à des resistants et comment concevez-vous la faculté de réaliser un pont d’échanges de jeunes et de moins jeunes dans un sens comme de l’autre.Le devoir de memoire,c’est ça aussi avec sans doute une dose supplementaire d’émotions en lisant juste ce qu’ont enduré ces anciens.Coupés definitivement de leur racines mais qui ont sus developper une vie,une autre vie,une vie qui s’apparente à la vie d’ici dans une atmosphère et un decors different.Un "reve eveillé comme le rapporte le redacteur de l’article.
rapporté aux fait historiques ici en Algerie,quels conseils donneriez pour pour écrire l’histoire,une histoire qui ne soit pas partisane mais l’histoire d’Algerie tout de meme

Commentaire n°19004 :

La reconciliation nationale,ce n’est pas seulement la reabilitation de ces égarés de la dernière decade.La reconciliation nationale,c’est à la fois le repis de l’ame de notre Algerie mais c’est aussi la reconnaissance du drame de tous de tous ses enfants,y compris ceux des pieds noirs mais également les enfants de harkis.Verra-on un sejour le sujet traité par vous , vous qui revendiquez le statut de fille de Moudjahid ?

tandja :

Bravo docteur pour ce grand travail de recherche
l’histoire de nos déportés à Nouméa reste peu connue en algérie . je suis un sétifien et il y a beaucoup de familles ounoughi.

portiass :

Ben , j’ai une toute petite question à poser : pourquoi écrivez-vous Mélica alors que c’est MALIKA et allez nous parler de racines.... et culture et....

Younès :

Bonjour à tous
Le film de Anouar Benmalek a été inspiré du travail de Mme Ouennoughi sans que celle-ci soit invitée à participer à cette grand production audiovisuelle, elle ne fait que nourrir les gens qui font des films, alors que je penses qu’il serait bien de réhabiliter car je crois savoir qu’elle produit un autre ouvrage, son troisième mais qu’elle n’a plus confiance dans la manière dont on lui "emprunte" son travail pourtant qu’elle a partagé pour l’ensemble des Algériens et au plan international, nous le voyons dans les débats autour de ces travaux, même l’esprit de la tajmâat est une grande question en vogue, elle a déclenché l’intérêt, il y a aussi la représentation des lalla qui va faire un grand film bientôt par Adjani, la commune de paris dont elle a fait le scénario sur les Algériens sans quoi il n’y aurait pas de présence algérienne dans ce film en 1871, le film a été diffusé sur Arté et elle a réuni des Algériens de Paris pour réaliser le scénario demandé par le réalisateur elle l’a fait en tant qu’histoirenne, sans toucher le moindre sous ou royality, et puis n’oublions pas le film de Anouar Benmalek qui a lui son livre et s’est inspiré pour en faire un film alors il a eu cette idée formidable film, mais il aurait pu inviter le chercheur dans cette aventure, en tous cas, le livre est bien là et les Algériens le savent bien, même les politiques pourraient l’inviter vu le travail et la grande parcelle entre le Maghreb et la Nouvelle-Calédonie qu’elle a initier au plan scientifique...
Bien à vous
Younès pour le respect des travaux de chercheurs en attente d’être reconnus, l’immigration ou la diaspora algérienne œuvre chaque jour et d’autres s’en nourrissent et parfois même font de l’ombre aux chercheurs d’origine algérienne parce qu’ils sont nés en france pourtant ceux là même sont en attente de postes ou de reconnaissance...

Commentaire n°260350 :

Bonjour, Docteur Ouanoughi,
j ss a la DIW Alger centre fac said hamdinne . je ss fils d’ex bagnard de cayenne et de Saint-Laurent du marroni G.F 1928-19261- (mon père : Saïd ben Bakir 1897-1979)
Merci de bien vouloir répondre à mes questions
- Je voudrais savoir d’ou je peut avoir les décisions de la justice française d’ALGER :le jugement de condamnation en 1928.
- avez-vous fait de la recherche sur les bagnards de la guyane française. listes..droits Mercie

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