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[Reportages] Fonction : écrivains publics

Publié le : samedi 11 avril 2009 | A. Nedjar, Sétif Info

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 Q

u’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Par beau ou mauvais temps, été comme hiver, ils sont la, toujours présents au pied de ce grand acacia sous un abri de fortune. Il s’agit des écrivains publics.De cette précarité ils tirent leurs revenus d’où vivent de nombreuses familles.

- Ya oulidi, wen dja licrivin biblic (ça me fait rappeler la bible) me demande cette vieille dame, une grosse liasse de documents dans sa main .Ils sont là, juste devant, derrière et aux alentours de la vieille poste qui fait face au marchés couvert. Et pourtant la poste occupe de nouveaux bâtiments plus loin. Ils préfèrent demeurer ici à coté de ce vieux temple qui a tant marqué leurs souvenirs.

Ammi Amor fait partie de ces vestiges. Ne lui posez surtout pas la question de savoir depuis combien de temps est-il là ?Il sait seulement qu’un jour ,mu par son besoin irrésistible de venir en aide et au secours de sa famille,il a frappé d’un coups de pied dans ce néant pour voir s’ouvrir devant lui cet espace où se fixa son destin, là dans la rue ,là où il a installé son « bureau ». Il exercera encore longtemps car, s’il intervient souvent pour la pension des autres, son travail à lui ne lui en a pas garanti une. Il sait seulement qu’il a usé des centaines, voire des milliers de plumes du Sergent Majors et des tonnes de feuilles avant de se doter et de s’adapter à ce nouveau moyen moderne qu’est la dactylographie.

Le « bureau » de Ammi Amor n’est pas cet espace feutré et pompeux que nous rencontrons dans ces autres espaces qui constituent ces bureaux aussi fermés que clos qui régulent, régissent ou régentent la vie des autres.

Ces « savants » d’un autre age ou ces écrivains publics sont plantés là depuis longtemps .Ils font partie presque de ces agencements ou ce décors de la rue .A bien regarder, on ne les perçois même plus. Ils sont assimilés à cet autre arbre, à cette clôture, à cette palissade ou à ce bout de trottoir défoncé.

Leurs « bureaux » de plein air se limitent à de petites tables rudimentaires ou à des plateaux en bois sur lequel sont posées ou ostentatoirement exposées et mis en évidence ces vielles machines à écrire Remington pour les plus anciens avec à coté, éparses, quelques objets hétéroclites non moins savants .C’est la leurs seules enseignes professionnelles. Pour les plus jeunes ils s’accommodent d’une MAE portable de fabrication plus récente dotées de la même efficacité typographique .Ailleurs, ces engins d’une autre ère sont devenus obsolètes ou des pièces de musée constituant des curiosités pour les écoliers et les élèves des lycées.

Ici, la solidarité est agissante. On se passe, stylos ; gommes, crayons carbones, bandes encrées. On se prête même les mots lorsque la mémoire a faillie.

Allez demandez à cette vieille de partir à l’assaut de cette citadelle imprenable qu’est l’administration ? Si d’aventure elle pouvait y pénétrer, comment peut elle se mouvoir dans ses entrailles ou dans ses arcanes ? Elle y mourra, noyée, écrasée, rejetée. Si la machine de Ammi Amor n’est pas électrique pour faire plus rapide et dans la mode, il n’est pas moins que ses empruntes ont déjà versés de l’espoir dans beaucoup de cœurs et remplie bien des portefeuilles en argent

Enfin la bonne vieille portant encore la M’laya, s’avança hésitante ,puis s’adressa au plus vieux qu’était Ammi Amor. Soumise à un long questionnaire, la vieille dame qui ne cessait de feuilleter sa liasse de documents finis par la lui confier entièrement. Après un moment d’observation et de lecture derrière ses grosses lunettes en écailles, il acquiesça de sa tête pour signifier l’acceptation de la prise en charge de son affaire.

Aujourd’hui Ammi Amor traite une affaire importante .Sitôt la requête exprimée, son cerveau, tel un ordinateur , la catalogue immédiatement dans le registre approprié des « affaires courantes » liées à la caisse des retraites et des pensions de reversions,donc facile à traiter. Depuis le temps qu’il exerce ! Il ne fait maintenant aucun effort particulier de recherche. Il connaît ou presque toutes les adresses des organismes et des administrations ici comme à l’étranger ainsi que les démarches à faire. La rue de Flandre, Rue Mademoiselle dans le 15 em, La caisse des assurances maladies, la caisse de retraite et des pensions,les organismes associés à Paris comme en province ne sont d’aucun secret pour lui sans y avoir jamais mis les pieds.

Les noms des responsables qui leurs sont rattachés étaient devenus eux aussi familiers mais il n’aime pas ce Graziani. Ca doit être un de ces pieds noirs ou un « Malti », aimait-il répéter. Toutes ses requêtes ou presque sont rejetées .La mêmes réputation et le même avis sont partagés par ses collègues d’infortune

Il glisse sa main sous sa petite table, retire quelques feuilles au format standard, les ajuste après en avoir inséré du papier carbone au milieu,puis fixa le tout sur le tambour de sa machine à écrire.

Il ajuste une dernière fois le tout et s’en va taper d’un seul doigt ,créant ainsi avec ses collègues cette ambiance déroutante , troublante et inquiétante des bureaux des commissariats où les inspecteurs de polices chargés des interrogatoires utilisent encore ces moyens désuets comme pour augmenter la tension et la pression sur les personnes interrogées.

Wasmek ? Chkoun Bouk, Chcoun MM’ak ? Etc., c’est le même rituel et les mêmes préliminaires qui se répètent comme dans ces commissariats pour ces illettrés désarmés. L’écrivain public prend alors tous ses aises et manifeste son ascendant pour mieux dominer son sujet afin de lui soutirer ainsi la vérité , toute le vérité lui permettant de cerner la question pour la rédaction de la correspondance enfin.

Ici, avec sa grande écoute, imperturbable, l’écrivain public est la clef de la résolution de nombreux problèmes qui se nouent.

Vient la question de la délivrance et de l’acquittement des droits .Pour les correspondances habituelles et régulières, c’est comme dans la poste ,les tarifs sont syndicaux, connus de tous. Pour les dossiers plus lourds, les conventions s’établissent secrètement et discrètement car les échanges sont multiples et variés et les droits sont généralement perçus à la fin, en fonction du succès de l’opération et de l’importance surtout des mandats perçus ! Les bénéficiaires sont souvent généreux et ne manquent jamais de gratifier leurs « bienfaiteurs » en plus des traitements convenus.

Telle des bibliothèques orales, combien de secrets en emmagasinent ces vieux écrivains publics ? . Il y en a même qui se donnaient à la rédaction de véritable courrier de cœur ou de sentiments ayant permis à de nombreuses relations et de vies communes.

Il faut dire que Ammi Amor gagne sa vie à la faveur de sa vieille Remington et de sa mémoire vive, pas celle d’un ordinateur qui le concurrence outrageusement.

La virtualité, se sont ces métiers en voie de disparition, remplacés ces bécanes ou ces machines avec des synthétiseurs qui n’obéissent qu’à des ordres provenant de l’on sait où ? On se prendrait alors à regretter le : BONJOUR simple et amical de Ammi Amor ou cette intonation intime qui nous imprime cette confiance ou cette assurance qui nous font défaut déjà.

Cette fois ci hadja Roumila, c’est le nom de la vieille partit avec le sourire

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Commentaires (9)
11 avril 2009 :

J’ai une tendresse particulière pour cette profession. Mon Père Allah yarahmou était écrivain public donc une personnalité très connue et estimée dans notre ville et ses environs. Celà a beaucoup servi dans notre éducation et ce qui comptait pour mon père c’était nos études afin de pouvoir gagner notre vie plus facilement. Mon père était un homme cultivé et ouvert aux autres. Il avait le contact facile et cela nous a beaucoup aidé parce dans notre vie de tous les jours il nous transmettait son savoir avant même d’aller à l’école nous apprenions beaucoup de lui. Mon père exerçait sa profession dehors aussi sur les 3 marches de la poste de notre ville où il était apprécié de toute la population qui lui confiait ses secrets, ses joies et ses peines qu’il transcrivait de sa belle écriture car en ce temps là il ne disposait pas de machine à écrire mais d’un stylo Bic que nous lui empruntions souvent à la maison ma fratrie et moi. Mon père a été l’ami des parents d’émigrés en leur écrivant et il leur lisait aussi leur (...)

 
Réponse le 11 avril 2009, par A Nedjar :
Pourquoi avoir mis écrivain public entre guillemets ?Je n’aurais pu y penser.C’est une profession entière, aussi honorable , respectueuse que respectée ,difficile à exercer.Elle se distingue de celle de ces autres fonctionnaires,ils ne sont pas nombreux dieu merci , qui vous rendent la vie plutôt difficile.C’est un perpétuel combat à distance entre les uns et les autres ou la sagesse,la ténacité et la patience font triompher les causes des plus faibles.Donc ,cet écrivain public, à la probité certaine, mesure aussi sa satisfaction morale en nombre de gains de requêtes et la,c’est un salaire inestimable qu’il ne sait ou ne veut pas partager ou dépenser avec personne car c’est de là ou il tire son énergie ,sa force et sa résistance pour se maintenir en service par tout temps ,au bénéfice des usagers parfois désemparés. C’est assez pour rendre un hommage appuyé à ces maitres vivants ou (...)
 
Réponse le 22 avril 2009, par KHELIFA ALBEURI :
Salama 3alaikoum Citoyenne, votre témoignage sur votre papa(allah yarahmou) m’a touché et je suis content que vous ayez cette sincére reconnaissance. Je n’ai pas eu la chance de connaitre mon papa que j’ai perdu à l’age de 6 mois et il me manque beaucoup !


11 avril 2009, par Dubliner :

cela me rappel le defunt Hadj saci le parain des ecrivains public



11 avril 2009 :

si vous etes ou il est votre ou sa fierete la moindre des choses c est le nommer du moinS pour ceux qui le connaisse (y-rahmou-3alih) a mon avis et c est a vous de voire ?



11 avril 2009, par setifien :

ASSALAMOU ALAÏKOUM, CES GENS EMBLÉMATIQUES QUI FONT PARTIE DE L’HISOIRE DE NOTRE CHERE VILLE SETIF MÉRITENT NOTRE PROFOND RESPECT ET NOTRE GRANDE GRATITUDE .VOTRE AMOUR,VOTRE ADMIRATION ET VOTRE GRANDE ESTIME POUR VOTRE DÉFUNT PERE EST UN SENTIMENT DE FIERTÉ .JE VOUS CONSEILLE DE PRIER POUR LUI MATINS ET SOIRS EN SIGNE DE RECONNAISSANCE POUR TOUT CE QU’IL A FAIT POUR VOUS.ALLAH YARHAM KOUL ELMOUSLIMINE AMINE.SALEM



11 avril 2009, par Citoyenne :

Réponse à A. Nedjar de Citoyenne. J’ai mis les guillemets à "écrivain public" parce que c’est le sujet de votre article et que j’ai commencé mon intervention par : J’ai une affection particulière pour cette profession. Salutations. Citoyenne.



25 avril 2009, par Marie-Claude San Juan :

Je trouve cet article très intéressant : bel éloge d’un très beau métier. Mais un passage m’a blessée. Celui qui suppose que l’interlocuteur qui refuse les requêtes est un pied-noir hostile - celui qui a un nom italien (sans doute). Beaucoup de requêtes administratives sont refusées par des gens divers, aux noms divers (j’en ai fait l’expérience pour l’obtention de papiers, par exemple). Mais les Pieds-Noirs, dans leur grande majorité, ont plutôt, au contraire, un regard d’empathie pour ceux qu’ils considèrent comme des compatriotes de naissance. Ceux qui sont hostiles font partie de franges minoritaires et excessives, comme il y en a dans tous les peuples : elles font parfois plus de bruit que la masse qui, elle, ne s’y reconnaît pas et vit son humanisme et ses amitiés tranquillement. Si quelqu’un est hostile ce n’est pas parce qu’il appartient à une communauté (ou une autre), c’est parce qu’il est borné, lui, en tant qu’individu... et qu’il n’a pas le sens de l’universelle humanité de tous. (Je suis née (...)

 
Réponse le 25 avril 2009, par A.Nedjar, auteur du texte :
A bien des égards,vous avez tout a fait raison.En général,les algériens ont gardé individuellement d’excellents rapports avec leur voisins non moins algériens de naissance, qui ont choisi de partir le plus souvent sous la contrainte politique.J’eus l’occasion d’étudier et de travailler en France où, ces "pieds noirs" de toutes régions d’Algérie, prenant connaissance de ma présence,accoururent pour me faire honneur.J’en garde des rapports à ce jour. Le cas cité,même si c’est un cas isolé ne présente pas moins un de ces cas pour lequel la guerre n’est pas terminée.Ils ne sont pas nombreux dieu merci.Et ,j’ai été témoin un jour d’un scène au port de Marseille qui m’avait traumatisée ! Pour le reste,les "pieds noirs" revenus en visites ou en pèlerinage chez eux ont le plus souvent été reçus avec la fête et comme les enfants du pays. Si le drame qui a marqué le pays et bouleversé les données politiques,il n’en demeure pas moins que les liens sont le plus souvent demeurés intacts,très forts et emprunts de (...)

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